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Pour une vie bonne en santé

Comprendre sa santé dans son lien avec le bien-être et le bonheur implique pour chacun de trouver un équilibre entre ses normes et ses actes. Cela suppose deux étapes. D’abord, examiner nos normes, nos valeurs, nos croyances pour en faire l’inventaire. Ensuite, ajuster à ces normes nos actes, nos pratiques, nos habitudes.

Bien-être et bonheur : repenser les normes

Dans Les maladies chroniques, le philosophe Philippe Barrier explique que la maladie est la conséquence d’un écart à la norme qui nous empêche de vivre une vie normale. Cette norme peut être biologique, traduite en norme médicale – par exemple lorsqu’une personne ne parvient pas à atteindre ou maintenir un certain taux d’insuline –, mais aussi sociale, notamment dans le cas des maladies chroniques. Pourquoi ? « Parce que, explique-t-il, la maladie nous a comme expulsé du monde ordinaire (…) nous faisant souvent percevoir par les autres comme socialement défaillants, moins fiables ». Penser sa propre santé, c’est recomposer ses normes, à la fois celles qui nous sont prescrites par la société et celles que nous produisons nous-mêmes, pour trouver l’équilibre particulier nous permettant de « lutter » contre le pathologique. Ce qui s’organise dans cette réflexion, ce sont les relations entre les valeurs et les normes médicales, mais aussi sociales, culturelles, professionnelles, etc. Plus concrètement, penser sa santé revient à s’interroger sur le rapport à notre corps, aux possibilités qu’il nous offre, notamment pour atteindre ce qui est important à nos yeux. Ainsi est étendu au champ psychosocial, ce que Canguilhem disait de la santé dans Le normal et le pathologique : « elle est une façon d’aborder l’existence en se sentant non seulement possesseur ou porteur mais aussi au besoin créateur de valeurs, instaurateur de normes vitales ».

Qu’est-ce que le bonheur : la vie bonne

Pour tirer tout le profit de l’association de la santé au bonheur, il faut rompre avec une vision standardisée du bonheur, reposant sur la satisfaction immédiate du désir, ou faisant de celui-ci un état de douceur quasi anesthésiant et d’où toute forme d’exigence aurait disparu. C’est quoi le bonheur ? La vie bonne, telle qu’elle était définie par les philosophes grecs. La définition philosophique du bonheur suppose un engagement fort pour ajuster les actes aux valeurs que l’on s’est données. C’est une conception eudémoniste, par opposition à celle dite « hédoniste ». Contrairement à cette dernière qui vise la satisfaction immédiate des plaisirs, l’eudémonisme définit un bonheur qui se construit dans le temps. Mais comment aller au-delà de la théorie et mettre en pratique cette cohérence de la personne qui définit une nouvelle norme de santé ?

Les techniques de soi : devenir le sujet de soi-même

Mettre en harmonie ses valeurs et ses actes suppose de réfléchir sur soi et de faire de soi-même son propre sujet. Qu’est-ce que cela signifie ? Être attentif à ce que nous faisons, poser un regard sincère sur nos actes pour savoir s’ils sont en accord avec nos idées, etc. Écriture, yoga, etc., dès lors que ces pratiques nous permettent de réfléchir sur nous-même, tout en nous reliant à notre environnement affectif, social, professionnel, etc., elles deviennent des techniques de soi. Le philosophe Michel Foucault les définit comme celles « qui permettent aux individus d’effectuer, seuls ou avec l’aide d’autres, un certain nombre d’opérations sur leur corps et leur âme, leurs pensées, leurs conduites, leur mode d’être ; de se transformer afin d’atteindre un certain état de bonheur, de pureté, de sagesse ». Cela ouvre la voie à de nouvelles pratiques de santé à la fois individuelles et collectives, articulant croyances, valeurs, sens, équilibre.

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