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Témoignage : Le stress des états d’urgence

Des situations exceptionnelles peuvent amener des personnes ordinaires, à relever des niveaux de stress inhabituels et traumatisants à bien des égards. Grâce au témoignage de M. Jean-Baptiste Richardier, fondateur d’Handicap International qui a connu l’horreur dans les camps de réfugiés cambodgiens, il est possible d’avoir un aperçu de ces stress et d’appréhender les premières pistes pour mieux vivre avec, en situation d’urgence. Mais que faire lorsque le calme revient ? Comment retrouver une vie normale ? C’est ici qu’intervient la résilience

Jean-Baptiste Richardier est le fondateur de l’ONG Handicap International. Dans les années 1980 il a connu les camps où arrivaient chaque jour 5 000 réfugiés cambodgiens, et des cargaisons de mutilés. Quelques années plus tard il a dirigé une organisation nationale de 450 salariés. Il revient sur les typologies de stress qu’il a rencontré sur le terrain.

Le stress physique et son accommodation 

« Le stress est un compagnon assez délétère. On veut le fuir, tout comme l’horreur de la situation, et on ne peut pas. Parce que ce serait un abandon, un manque de courage, un acte immoral. N’ayant pas d’autres choix que d’affronter, je me suis accommodé du stress, j’ai appris à le gérer, à l’apprivoiser à travers des petites victoires. J’ai appris l’humilité. Je ne sais pas si le stress est une source d’apprentissage de la sagesse, mais il a une part de production positive. Si j’étais resté trois mois, j’en serais sorti brisé psychologiquement. J’y suis resté un an. J’étais éreinté ; ça c’est le stress physique ».

Le stress a une part de production positive

L’analyse et la réflexion, des outils de lutte contre le stress

« J’ai pourtant eu le temps de comprendre, d’analyser et d’ainsi mieux contenir le sentiment d’injustice. Pouvoir non plus seulement agir mais aussi réfléchir, rationaliser, permet de lutter contre le stress. Un mois après avoir quitté ces campements situés le long d’une frontière inhospitalière et truffée de mines, j’ai décidé d’y revenir. Pour continuer à poursuivre cette renaissance collective ».

L’imprévu, une source de stress supplémentaire

« J’ai cette fois accompagné une petite ONG parisienne soucieuse des milliers d’amputés vivant dans les camps pour un projet d’appareillage en urgence. Ce projet a posé le socle de ce qui deviendra ensuite Handicap International. Là, le stress n’a pas duré longtemps, mais il a été extrêmement violent, le sol s’est ouvert sous mes pieds. Je devais être accompagné d’un appareilleur qui… finalement n’est pas venu. J’étais là, obstétricien, connu comme le loup blanc par tous les médecins du camp, devenu responsable du centre d’appareillage hospitalo-universitaire pour toute la frontière, et bien incapable de concevoir, par exemple, une prothèse fémorale ».

La résolution du stress par le travail d’équipe

« Il y a un truc magique dans le syndrome de la page blanche, c’est de pouvoir oser tout ce qui semble pertinent. C’est aussi un formidable anti-stress. La providence s’est incarnée en la personne d’un ingénieur cambodgien, réfugié. Pendant des nuits, nous avons appris et testé les techniques d’appareillages. Et d’autres réfugiés se sont investis : artisans, cordonniers, charpentiers… Travailler à plusieurs dans une relation de confiance et de convivialité, sans être jugé ni disqualifié, entouré (ma femme m’avait accompagné dans cette mission), bref résoudre à plusieurs des problèmes, c’est la quintessence de la lutte anti-stress. »

L’être humain est capable d’adaptation, même face aux situations les plus stressantes, et chaque individu va développer ses propres techniques pour les surmonter. Ce sont les domaines d’application de la résilience.

ZOOM sur la résilience

Qu’est-ce que la résilience ?

La résilience désigne la propriété d’un matériau à résister à la déformation. Transposée dans le domaine de la psychologie à partir des années 1950, elle y est comprise comme « la capacité d’un organisme à supporter l’adversité et à faire face à des stresseurs subséquents avec une réponse de stress faible ou même inexistante » (Karatsoreos et McEwen, 2013).

La résilience, un vrai sujet d’études

Emmy Werner a mené l’une des premières études sur la résilience en 1954. Cette psychologue américaine a étudié l’évolution de près de 700 enfants, de leur naissance dans les milieux défavorisés de Hawaï jusqu’à l’âge adulte. Résultat : la plupart d’entre eux ont été capables de trouver des réponses pour surmonter leur handicap social de départ une fois adultes.

Des traitements à l’étude contre le stress

Des études récentes ont donc montré qu’une forme de résilience pouvait être obtenue par exposition à des situations de stress. Appelé « inoculation au stress ou immunisation comportementale », ce phénomène pourrait être une piste de traitement et de prévention.

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