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Sommeil et travail : le duel

Au même titre que le dormeur s’accommode de la société, comment la société basée essentiellement sur le travail s’organise-t-elle autour et avec les dormeurs que nous sommes ?

Le temps de sommeil et le temps de l’éveil ont été mis en concurrence, en particulier depuis que la machine (qui ne dort jamais !) a pris une place importante dans la production. Karl Marx décrit ainsi dans son ouvrage Le capital, les journées de 12 à 18 heures de travail imposées aux ouvriers, adultes comme enfants. Le capital investi dans l’outil de production mécanique est si considérable que le retour sur investissement passe par son exploitation maximale 24 heures sur 24, 7 jours sur 7, le temps de repos étant considéré comme un manque à gagner.

Reconstitution de la force de travail

Le temps consacré à dormir est souvent considéré comme du temps perdu, sauf s’il améliore les performances pendant le temps « utile ». Ce rôle du sommeil comme un temps de régénération des forces productives, déjà perçu comme tel par l’analyse marxiste, a inspiré les employeurs au cours du XXe siècle. Des attitudes radicalement opposées ont coexisté : pour certains, un temps de repos, voire de courtes siestes pendant le temps de travail, n’est absolument pas toléré ni envisageable, synonyme de perte de productivité.

D’autres vont, au contraire, développer des espaces et des temps pour le repos de leurs employés, faisant le pari qu’une personne reposée et plus efficiente offre de meilleurs résultats pour l’entreprise.

Brouillage travail-loisirs

Avec l’évolution du numérique et l’avènement des travailleurs du savoir observés par Peter Drüker, théoricien américain du management, la distinction entre les temps de travail et des repos est devenue moins nette. Les professions intellectuelles, artistiques, et plus globalement créatrices, connaissent bien ce mélange des genres.

La nouveauté est que le développement des technologies de l’information et de la communication et leur cohorte d’appareil nomades ont généralisé le phénomène à des catégories de travailleurs qui étaient jusque-là épargnés. On peut aujourd’hui lire et répondre à un mail à toute heure et en tout lieu – et cela devient parfois une contrainte imposée au salarié. Le temps du travail n’est plus circonscrit à un espace et, par conséquent, n’est plus délimité à une période de temps non plus.

Dès lors, le temps du sommeil pourrait constituer l’ultime refuge non colonisé par le travail. Mais même ce dernier rempart n’est pas exempt de brèches. Le travail se fraye ainsi souvent un chemin au cœur du sommeil : tantôt pour faire mystérieusement naître une idée de génie dans l’imagination débridée de l’inventeur endormi, tantôt en faisant se réveiller en sursaut l’animateur d’une réunion qui s’annonce difficile ou l’auteur d’un rapport non achevé dans les délais.

La micro-sieste, une valeur ajoutée

S’assoupir n’importe où, dès que l’occasion se présente. Au Japon, cette pratique se nomme l’ « inemuri », (« dormir alors que l’on est présent », dans sa traduction littérale). Les Japonais s’adonnent à l’ « inemuri » aussi bien dans les transports publics qu’à l’école et parfois même au travail. Et cette tradition de la « micro-sieste » réparatrice n’est pas mal vue, bien au contraire.

« Exercer l’inemuri – ou même le feindre – peut être perçu comme une valeur ajoutée et prouverait que l’employé se démène au travail », rapporte le docteur Brigitte Steger[1] dans une étude pour le site de la BBC. « Le sommeil peut être vu de plusieurs façons en fonction des idéologies »[2].

[1] https://www.ames.cam.ac.uk/directory/stegerbrigitte

[2] http://www.bbc.com/future/story/20160506-the-japanese-art-of-not-sleeping

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