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Depuis quand dort-on seul ?

Depuis quand dormons-nous seul ? Comment l’Histoire et la religion ont-elles influencé nos habitudes de vie et de sommeil ? Quels sont les effets d’un sommeil en solitaire sur le corps ? Comment les Français dorment-ils aujourd’hui ? La Fondation APRIL a enquêté pour vous.

Petit abécédaire du coucher

D, comme dictionnaire

C’est au milieu du XVIIIème siècle que le mot « chambre à coucher » apparaît dans les dictionnaires. Mais la pratique est plus ancienne, au moins dans certains milieux sociaux.

O, comme odeur

L’aspiration à plus d’intimité et de confort dans le sommeil s’accentue au fil des siècles, notamment parce qu’au fur et à mesure, on supporte moins bien le corps d’autrui, ses odeurs, sa chaleur.

R, comme renaissance

En Europe, c’est l’Italie de la Renaissance qui a commencé à mettre à la mode le coucher solitaire, suivie par la France à la fin du XVIIème siècle.

M, comme misère

La promiscuité a toutefois persisté longtemps, notamment à la campagne, mais elle était un effet de la misère. Dans son ouvrage Histoire de chambre, l’historienne Michelle Perrot rapporte que 75 % des foyers parisiens n’ont qu’une seule pièce au XVIIIème siècle. En 1870, 70 % des logements ruraux en Touraine ne comportaient encore qu’une « principale chambre à feu » où tout (et tous) était rassemblé dans 30 à 40 mètres carrés.

I, comme intimité conjugale

L’aspiration à un sommeil plus individuel qui se répand depuis l’époque moderne souffre une exception notable : le partage du sommeil entre époux.
Si l’aristocratie pratiquait la chambre séparée où Monsieur rejoignait éventuellement Madame (si toutefois elle n’avait pas fermé sa porte à clé…), la bourgeoisie montante généralise un seul lit dans une seule chambre.

Le roi quant à lui dort seul et rend visite, le cas échéant, à la reine ou… à sa maîtresse. L’aristocratie sépare les appartements du maître et de la maîtresse de maison. Certains intellectuels aussi prennent position. Au XIVème siècle, le poète Eustache Deschamps déclare : « Plus aisé coucher un seul que deux. » Son contemporain Montaigne ajoute : « J’aime à coucher dur et seul, voire sans femme, à la royale, un peu bien couvert. »

R, comme règle

L’Église catholique est très favorable au lit entre époux dans une seule chambre car un lit séparé permet de cacher les ébats entre mari et femme. Les médecins qui, à partir du XVIIIème siècle, s’intéressent à la sexualité, en font le centre de la normalité. Si bien qu’au XIXème siècle, on s’endette, dans les milieux modestes, pour l’achat d’un lit.

Nous dormirions donc à deux par tradition religieuse ?

Ce sont bien les traditions religieuses qui ont influencé cette habitude. Le lit conjugal est une notion latine et catholique[1]. Les deux lits côte à côte sont plus orientés du côté des protestants et anglo-saxons. L’Église catholique fait du mariage un sacrement au XIIIème siècle. Le théologien Thomas d’Aquin déclare : « Le couple doit avoir son lit et sa chambre. » L’Église mise sur la conjugalité pour maîtriser la société. Faire chambre à part est à l’époque désapprouvé par le clergé.

La donne change-t-elle en ville ?

Aux XVIIIème et XIXème, le lit pour deux se généralise en ville, mais pas uniquement par manque de place. Le couple est un socle fondamental de la bourgeoisie, dont le symbole est le lit. « Le lit est tout le mariage », écrit Balzac.

Pourquoi le choix de deux lits pour les Anglo-Saxons ?

Pour les protestants, dormir séparé est un choix amoureux (chacun reste un individu à part entière dans le couple), un choix sociétal (restriction des naissances plus facile). En France, le lit double se généralise au XVIIIème en ville.

Le saviez-vous ?

Aujourd’hui, la moitié des français dort en couple[2]

Un Français sur deux partage son lit toutes les nuits. L’autre moitié des Français dort seul. Un choix subi par certains mais choisi par un tiers par confort. En effet, si dormir avec quelqu’un peut être un plaisir, une sécurité ou une source de chaleur, pour d’autres, dormir à deux peut gêner l’endormissement, provoquer des réveils nocturnes parce que l’autre ronfle, parce qu’il ou elle est somnambule, parce qu’il ou elle fait des apnées du sommeil ou des insomnies par exemple.

Mais de la qualité du sommeil à deux dépend aussi la « thermo » et la « chrono-compatibilité ». Ces compatibilités de chaleur et de temps sont essentielles pour qu’aucun des membres du couple ne gêne le sommeil de l’autre. Dans tous les cas, il est important de discuter du mode de couchage le plus susceptible de préserver le sommeil de chacun et de trouver une solution qui préserve à la fois le sommeil et la bonne relation du couple et donc la santé de tous !

[1] http://www.lemonde.fr/vous/article/2012/10/22/le-lit-conjugal-est-latin-et-catholique_1778546_3238.html

[2] https://www.francebleu.fr/infos/sante-sciences/dormir-seul-ou-deux-quel-est-le-mieux-1489674424

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