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Le chamanisme et la santé des peuples autochtones

Toutes les cultures ne conçoivent pas la santé de la même façon. Un détour par les peuples premiers permet de mieux comprendre les différences existantes avec notre vision et la médecine occidentale. Il met également en évidence la façon dont la santé est liée à la conception que se fait l’homme de lui-même, de son corps et de sa relation à son environnement.

Les peuples premiers sont aussi nommés indigènes, peuples autochtones ou peuples racines, parce qu’ils sont originaires de l’endroit qu’ils habitent encore aujourd’hui, comme les aborigènes ou les amérindiens. Ils regroupent environ 370 millions de personnes dans le monde, de plus de 70 pays. Leur diversité empêche de rendre compte de l’ensemble de leurs conceptions de la santé, mais l’exemple du peuple Toba, en Amazonie, permet de comprendre en quoi leur conception de la sante est inséparable de la conception de l’homme et du monde.

Autre conception du corps, autre conception de la santé

L’anthropologue Florencia Tola explique que chez les Toba la personne humaine déborde des « limites de sa peau ». Elle s’étend en dehors de son corps et se voit « traversée par d’autres êtres, humains et non-humains », comme des animaux ou des esprits. Lorsqu’un Toba dit : « Je ne suis pas seule(ment) dans mon corps », on comprend pourquoi la conception qu’il se fait de sa santé ne peut pas être la même qu’un Occidental. L’arrivée d’un enfant, par exemple, n’est pas seulement le fruit de la reproduction d’une femme et d’un homme, mais dépend de l’activité d’autres êtres, comme « l’esprit de bébé ». De la même façon, l’apparence d’une personne, la maladie et même la mort, dépendent d’un ensemble d’interactions avec les humains et les non-humains. Aussi pour conserver la santé, il est déterminant de respecter des règles éthiques et sociales qui régissent ces relations.

Le chamane, un acteur clé du soin dans les peuples premiers

L’idée que les Toba se font de l’origine des maladies illustre aussi leur façon de comprendre la médecine et la santé. Chez les Toba comme chez beaucoup de peuples premiers où se pratique une médecine chamanique, certains maux viennent des chamanes, d’autres des non-humains, d’autres encore de causes naturelles, comme la grippe, ou au non-respect d’un interdit. Derrière ces causes se dessinent non pas une mais des santés. Les conserver ou les recouvrer peut ainsi signifier contrer l’action d’un chamane ou d’un non-humain, rétablir l’équilibre défait par la transgression d’un interdit, ou encore soigner une blessure faite au corps. Dans ce système, deux personnes jouent un rôle clé : chamane et guérisseur. Le guérisseur ne peut que soigner, grâce aux plantes dont il connaît les propriétés. Le rôle du chamane est plus complexe. Il est un intercesseur, c’est-à-dire une personne capable d’entrer en relation avec les non-humains afin de les mettre à contribution pour soigner, mais aussi tuer. C’est lui qui « aspire » la maladie pour l’expulser, devenant pour l’occasion une extension de la personne. Ainsi explique un : « Les deux sont un [le patient et le guérisseur]. S’il guérit [le patient], je guéris parce que dans mon corps il y a la même douleur. S’il n’a pas mal, je me sens bien aussi, c’est comme si j’étais chargé de sa douleur dans la pensée et dans le corps ». On le voit, la frontière des corps est très différente de ce que l’on connait en Occident. Le chamane est à la fois lui-même et la personne malade, la maladie est à la fois en lui et en l’autre, et c’est à cette condition qu’il peut la soigner.

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